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Actualités > La conférence nationales des forces vives de la nation et l’avènement du renouveau démocratique : qu’est-qui a changé pour les femmes ?

LA CONFERENCE NATIONALE DES FORCE VIVES DE LA NATION ET L’AVENEMENT DU RENOUVEAU DEMOCRATIQUE : QU’EST-CE QUI A CHANGE POUR LES FEMMES.

Par Pr Vicentia BOCO Présidente de l’Institut National pour la Promotion de la Femme


Du 19 au 28 février 1990, s’est tenu à Cotonou le mémorable rassemblement des forces sociopolitiques de notre pays qui dans un seul élan a jeté les bases des nouvelles orientations politiques qui devaient sonner le glas de l’idéologie marxiste léninisme qui prévalait chez nous et dans bien des Etats d’Afrique au lendemain de la décolonisation.

La période post coloniale dans notre pays a été marquée par une instabilité récurrente qui nous a fait désigner comme “l’enfant malade de l’Afrique”. Elle fut suivie par dix sept (17) années d’un régime révolutionnaire s’inspirant de l’idéologie marxiste léniniste, qui conduit malgré la bonne foi de ses dirigeants à la faillite de l’Etat. La solution préconisée pour trouver d’autres orientations fut le rassemblement de toutes les forces sociopolitiques de la Nation avec une implication déterminante des Béninois de la diaspora. Les réflexions ont donc conduit à l’organisation de la « Conférence Nationale des forces vives de la Nation ».

A ces grandes assises, les femmes se sont impliquées et ont participé même si leur rôle fut rarement cité. Environ une vingtaine de femmes ont pris part à la conférence sur plus de quatre cent cinquante (450) participants. Quelques une avaient au préalable préparé ces assises dans les associations ou regroupements de femmes et dans les syndicats où les femmes militaient déjà.

C’est ainsi que pour ma part j’ai participé aux réunions préparatoires de l’Association des Femmes Béninoises pour le Développement (AFBD) représentée à la conférence par le Dr Véronique LAWSON. Notre objectif était de porter des idées nouvelles sur la participation non embrigadée des femmes en politique.

Les quelques représentantes femmes ont réussi à porter Mme Grace d’Almeida Adamon au présidium.

Ces quelques femmes ont dès lors porté notre revendication à toutes : une participation plus équitable des femmes aux décisions qui engagent la vie de la Nation. Leur voix fut peu audible, tant les priorités que constituaient les libertés individuelles, les libertés d’associations et d’expression, le respect de l’Etat de droit dominaient les débats.

Cette requête s’est résumée dans les articles 9 et 34 de la constitution qui disposent « l’Etat assure à tous l’égalité devant la loi sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion, d’opinion ou de position sociale. L’homme et la femme sont égaux en droit. » Mais cette disposition existait déjà dans la loi fondamentale de la période révolutionnaire et n’était donc pas un acquis majeur. Car malgré cette égalité de droit, le Bénin n’a connu sa première femme Ministre qu’en 1988 en la personne de Mme Karim Rafiatou, Ministre de la Santé. Nous étions déjà en la fin du régime révolutionnaire et le vent de révolte soufflait déjà fort.

Néanmoins, Mme d’Almeida Adamon a été la seule femme du Haut Conseil de la République et l’avènement du 1er régime du renouveau démocratique consacra deux femmes Ministres en les personnes de Mesdames Véronique Lawson, Ministre de la Santé et de Véronique Ahoyo, Ministre de la famille. Je dois pour l’histoire dire que l’AFBD avait eu à proposer deux postes et nous avions demandé des postes régaliens en l’occurrence le ministère des finances et le ministère de la justice où nous savions avoir des compétences car d’un commun accord nous voulions que les femmes aient la possibilité de prouver (déjà) leur savoir faire en dehors des postes qui leur était traditionnellement réservés. On le voit ce ne fut déjà pas le cas.

Par la suite les femmes ont néanmoins gagné en crédibilité. La meilleure part à mon avis fut les deux postes de Présidentes de Cour Constitutionnelle par mesdames Elisabeth POGNON et Conceptia OUINSOU sur quatre mandats qui furent, je le crois d’une qualité reconnue.

1. Aux postes ministériels, les plus forts pourcentages de postes occupés par les femmes furent de 23% en 2007 et de 30% en 2011 mais la plus grande avancée fut l’accès aux postes de Ministre des Affaires Etrangères et de Ministre de Finance des Finances occupées pour la première fois par des femmes à travers Mmes Aladji Boni Mariam et Adidjatou Mathys et les postes de Ministre de travaux publics et de Ministre de l’Energie occupés pour la première fois Mesdames Omichessan Christiane et Sofiatou ONIFADE BABAMOUSSA.

Il faut également citer le passage de deux femmes au poste de Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, bastion réservé des hommes, par Mesdames Conceptia Ouinsou et Vicentia BOCO. Nous n’oublierons pas non plus le poste de Ministre de l’environnement occupé une seule fois par Madame Koudénoukpo Biao Juliette.

En parlant des avancées de femmes aux postes de prise de décision, il faut noter d’autres conquêtes des femmes à des postes comme ambassadeurs (3 diplomates de carrière ont été depuis nommées ambassadeur du Bénin, notamment au Canada et au Danemark alors que ces postes étaient traditionnellement occupés par des hommes.

De la même manière, plusieurs femmes ont été nommées à des postes de direction de grandes sociétés d’Etat, des directions de Ministères ou des Secrétariats généraux de Ministère. C’est d’ailleurs à ce poste que l’on en dénombre le plus grand nombre.

Mais incontestablement, alors que les fonctions qui permettent à la femme de véritablement influencer le cours des décisions en faveur des femmes restent l’Assemblée Nationale et les structures décentralisées (mairies, communes, chefs de quartiers) c’est à ces postes que les femmes ont le moins de succès, parce que ce sont des postes électifs.

La justification de la nécessité de la présence des femmes à ces postes n’est plus de mise à notre siècle puisque les luttes des féministes en Europe et dans les pays développés nous ont enseigné trois faits fondamentaux, et je me permets de paraphraser Gisèle Halimi (1) qui affirme : i la politique a exclu les femmes de la décision et ne les a admises qu’à dose homéopathique, ii la réticence des femmes à intégrer dans leur démarche toute approche politique a nuit à son progrès dans les postes décisionnels, iii le recours à la législation pour prendre des lois favorables aux femmes (loi sur le quota, loi sur la parité etc.) n’a que moyennement fait avancer la cause des femmes et de conclure que le véritable facteur de changement, sera à travers les initiatives que les femmes élues à des postes électifs au même titre que les hommes et investies des mêmes missions peuvent et doivent prendre pour intégrer le genre dans le débat de fond et le faire prévaloir dans les choix qui engagent la vie et la destinée des populations.

Le genre ici doit être compris dans son sens intrinsèque, à savoir, la prise en compte des intérêts des hommes et des femmes de manière égalitaire et équitable. Il ne s’agirait en aucun cas de privilégier les intérêts d’une moitié de la population (les femmes) à l’autre moitié.

Or que constatons nous ? ce sont dans ces postes électifs que les femmes ont le moins progressé.

Ainsi le plus grand nombre de députés femmes, ce fut à la 5ème législature (2007) avec neuf (9) femmes députés soit un taux de 10,84%. A la législature suivante en 2011, le chiffre est passé à 8 soit un taux de 9,63%.

Au plan communal et local, le taux de femmes conseillères est passé de 3,8% en 20002 à 4,2% en 2008 et nous n’avons qu’une seule femme maire sur toute l’étendue du territoire.

Cette faible moisson de l’avancée des femmes depuis le renouveau démocratique reste un échec de la volonté pourtant affichée des décideurs politiques qui ont pris de nombreux textes, ratifié de nombreuses conventions internationales et régionales au point que le Bénin apparait dans le rapport IDISA 2009 comme l’un des pays ayant le meilleur encadrement législatif pour la cause des femmes avec une quotte de 19/22. Hélas, tous ces textes ne sont pas sexospécifiques et ne comportent aucune disposition contraignante pour leur application.

Nous pouvons donc aisément tirer les conclusions qui s’imposent.

La Conférence Nationale s’est focalisée sur les solutions à apporter aux questions de la démocratie, de l’Etat de droit et des libertés individuelles. La voix des quelques femmes présentes bien que portant déjà la volonté des 50% de la population à participer aux grands débats de la Nation n’a pas été audible. Néanmoins le débat international sur la place des femmes dans les postes de décisions et au partage de pouvoir d’Etat, conjugué aux efforts de nombreuses associations et ONG luttant pour cette conquête d’équité, a permis des avancées moyennes dans les postes nominatifs où d’ailleurs les femmes n’ont pas pour la plupart démérité .

Il reste la conquête des postes politiques électifs. La loi sur la parité, si elle est assortie des amendements souhaités par les collectifs d’associations et les ONG permettra d’apporter une part de solution. Les pays où la parité est entrée dans les mœurs tels que le Canada, le Danemark, la Finlande, la Scandinavie ont surtout bénéficié d’une farouche volonté politique de leurs dirigeants et d’un travail d’éducation et de sensibilisation afin de faire comprendre que notre Nation a besoin de la force et de l’intelligence de tous ses fils et de toutes ses filles, sans exclusif s’il veut réussir le pari du développement.



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